Date de mise à jour : 23 mars 2013
Vendredi, le 08 février 2013 : 17:50
Juste avant de débuter cette page de mon journal, j’ai feuilleté mon livre de photographies en noir & blanc et de pensées acheté hier de Gerar Toye : Global Gypsy. Je vous traduis une pensée venant de Anaïs Nin : Nous ne voyons pas les choses comme elles sont mais nous les voyons comme nous sommes.
À 9:45, j’étais déjà dans l’auto en direction de Greymouth à environ 100 kilomètres d’ici tout en voulant suivre la côte pour m’y rendre. En sortant de Westport, j’ai pris la route #6 comme prévu en direction de Greymouth. Pendant quelques kilomètres, je suis passé à travers des montages en longeant une grande rivière. Puis, je suis arrivé en terrain plat avec plein de champs autour de moi. J’ai roulé comme ça pendant près de 50 kilomètres sans voir de mer. Pourtant, les panneaux indicateurs sur la route indiquaient bien la direction vers Greymouth. Je commençais à trouver çà un peu bizarre. En partant de Westport, il me semblait que j’allais atteindre la mer plus vite que ça. Je suis arrivé à une intersection où tous les panneaux permettaient d’aller n’importe-où dans l’île du Sud. J’arrête la voiture, sort avec ma carte routière. Une lecture sur ma carte s’imposait pour savoir où j’étais rendu. J’étais rendu à Inangahua. J’avais pris la route #6 dans la mauvaise direction. Je pouvais quand même me rendre à Greymouth mais par l’intérieur des terres. Une détour qui me rallongeait d’environ 60 kilomètres.
Mais en regardant au loin en direction des montagnes que j’avais franchies, je voyais de gros nuages noirs qui s’étaient assis de tout leur poids sur les montagnes, cachant leur sommet et qui, probablement, vidaient leur contenu sur tous les versants de ces montagnes. Je m’étais sûrement évité toute cette pluie. Je me suis rassis au volant de la voiture pour reprendre la route.
Confortablement installé dans mon siège, j’ai tourné la clé pour démarrer le moteur. À chaque fois, je reste surpris du roulement à bille de ce moteur. J’ai l’impression que le moteur de cette voiture et sa carrosserie bosselée de toute part n’ont pas le même âge. Pourtant, le moteur va dépasser 260 000 km.
Je pense à mes 60 kilomètres supplémentaires à faire. Je mets le devant de la voiture en direction de la route menant à Greymouth, je regarde mon tableau de bord. Tous les cadrans fonctionnent à merveille. J’appuie sur le bouton START. Le mélange hydrogène-oxygène compressé dans la valise arrière grande ouverte s’enflamme en donnant à la voiture une poussée de 12 000 tonnes. Je suis propulsé en direction de Greymouth comme une balle. Mon corps s’écrase dans le fond du siège tellement la poussée est fulgurante. En 10 secondes, je suis à 5 000 mètres au dessus de Greymouth. J’appuie sur le bouton EJECT. Je suis propulsé à 50 mètres, hors de la voiture attaché à mon siège. Pendant que la voiture continue sa course folle en s’écrasant dans la mer Tasman, deux gros parachutes se sont ouverts au dessus de moi. Doucement, j’atterris sur le toit plat d’un backpacker de Greymouth à côté d’une petite table ronde. La serveuse du bar sur le toit, un blonde platine au cheveux très long, yeux bleus, 6 pieds 2 pouces, 105 livres, danoise sûrement, m’apporte sur un plateau un grand verre de bière froide qu’elle a préparé en voyant mes 2 parachutes s’ouvrir. Avant de prendre une grande gorgée, j’éteins dans le cendrier sur la table devant moi mon gros cigare cubain que j’avais pris soin d’allumer avant de m’éjecter de la voiture. En peu plus loin, j’entends le clack du clapet et couper. Du vrai James Bonds.
Le temps de signer quelques autographes, je suis revenu à mon intersection de Inangahua avec mes 60 kilomètres à faire. Vers 13:30, j’étais rendu à Greymouth. Mais là, pour entrer dans le centre ville, un enchevêtrement de carrefours giratoires. Trois de suites, un après l’autre. C’est étourdissant mais à la fois surprenant car je suis arrivé sur la rue principale dans le bon sens et sans bloquer personne dans les carrefours. Comme pour les lignes dans les rues, j’ai appliqué ma règle de base : la bordure en ciment du rond doit toujours être de mon côté.
Assis dans un restaurant pour le lunch, j’ai repéré un backpacker ici, avec l’adresse, sur une carte indiquant différents backpackers sur l’île. Pour me rendre à ce backpackers, j’ai dû refaire les 3 carrefours giratoires. Mais en cherchant, j’ai roulé pendant 30 secondes, sans m’en rendre compte, à l’envers dans une petite rue. J’ai trouvé l’endroit assez rapidement. Le toit du backpacker n’était pas plat. Les formalités remplies, j’ai demandé où je pourrais faire réparer mon pneu de vélo. La fille, aux cheveux noirs, de ma grandeur, une néo-zélandaise m’a donné plusieurs places tout près où je pouvais aller. Mais tous en passant dans les 3 carrefours. Une demi-heure plus tard, le vélo était réparé. J’ai dû par contre enlever de chaque côté du vélo mes sacoches molles que je déteste. Au fond, j’aurais dû les laisser à la maison. Je n’en ai pas vraiment besoin. Mais cette peur qu’on a toujours de manquer de ceci ou de cela ou d’avoir besoin de ceci ou de cela nous fait souvent faire des choses inutiles. J’ai mis les sacoches dans le fond de la voiture pour le reste du voyage.
Maintenant que mon vélo est réparé, je suis revenu au backpacker pour l’enfiler et aller faire de la route sur le bord de la mer. La même fille m’a indiqué par où passer. Toutes les routes semblent se rendre où je veux aller.
Je pars donc du backpacker en direction des trois carrefours. En vélo, c’est un peu plus compliqué et dangereux. La prudence est de mise, les voitures viennent de toute part. Mais on y arrive. Au bout de la rue principale, je tourne à droite. La route se met à monter. J’ai comme l’impression que je vais dans la mauvaise direction. J’arrête, et regarde derrière moi. Du haut de la côte, je vois la mer complètement à l’opposée. Effectivement je dois rebrousser chemin. N’ayez pas peur, sur mon vélo, je n’ai pas de tableau de bord plein de cadrans ni de bouton START. Seulement un petit odomètre. Je retourne sur mon chemin jusqu’où j’avais tourné à droite et je continue tout droit. Le chemin fait une grande courbe et je me retrouve devant mes trois carrefours giratoires. Bon! Je refais les trois carrefours mais prends une sortie différente que celle qui se rend à mon backpacker. Deux minutes plus tard, je m’aperçois que je suis juste vis-à-vis mon backpacker, une rue plus bas. Juste à ma droite, au loin, à 90o par rapport à la rue, je vois la mer mais aucune route pour se rendre dans cette direction. Bon! Au moins, je m’approche. Vire de bord. Un carrefour, deux carrefour, trois carrefour, tra la la, une petite musique western avec ça. Ça fait trois ou quatre fois que je passe devant le McDo du troisième carrefour. Au dernier carrefour, je m’interroge sur la sortie à prendre. Qu’est devenu mon 90o de tantôt. Aucune idée. Je prends donc une nouvelle rue. Sur la rue, un Kentucky au loin. Pour moi Kentucky et goélands ce sont des synonymes. Chacun son opinion là-dessus. Mais goélands et mer, j’ai peut-être enfin trouvé la bonne rue pour m’y rendre. Non, non, c’est pas vrai! Juste à ma gauche, je vois encore le backpacker. Je suis maintenant 2 rues plus bas dans la même direction que tantôt mais, je ne vois plus la mer. Cette fois-ci, je continue. Je pense à mes barrières sur la piste cyclable à Napier.
La rue mène à un site industriel. Je vois une rue transversale avec un nom et le mot bush à la fin. C’est peut-être par là, des buissons sur le bord de l’eau. Peine perdue, la rue est bush-ée à l’autre bout. Je retourne de bord et me retrouve sur une petite butte. En regardant tout autour, je ne vois aucune mer à l’horizon. Je commence à en avoir mare. Je vais démissionner. Je suis à Greymouth, une ville sur le bord de la mer et je suis incapable de la trouver. Je me dis, la great, great grey mouth a avalé toute la mer de Tasman la journée même où j’y ai mis les pieds. C’est un moment historique que je n’oublierai jamais. D’ici, je pourrais même me rendre à vélo en Australie.
Je rebrousse chemin. Puis sur le retour, j’arrive à hauteur d’un monsieur à vélo, pas très rapide, gilet jaune fluo, dans sa huitième décennie, je lui dis que je veux aller sur le bord de la mer mais que je ne trouve pas le chemin. Il ne m’a pas compris. On s’arrête et je lui redemande comment me rendre à la mer. Il me dit que je suis à seulement 5 minutes de la mer et commence à me donner des explication pour m’y rendre. Comme la fille au backpacker, tous les chemins semblent s’y rendre. Il me donne tellement d’explications, qu’à un moment donné je me dis à moi-même: je n’y arriverai jamais. Probablement qu’il a lu dans mes pensées, car il me dit attends moi 2 minutes, j’ai une commission, je reviens et je t’y emmène.
Croyez-le ou pas, j’étais vraiment à 5 minutes de la mer. Pas de plage impressionnante, mais un gros quai pour les bateaux de pêche. Le monsieur m’a dit qu’ici on faisait la pêche au thon en haute mer et que quelqu’un en avait déjà pris un très très gros. On s’est rendu au bout du quai. On a jasé un peu. Avant qu’il reparte, je l’ai remercié de sa gentillesse. J’ai pris quelques photos en pensant à tout ça. Sourire intérieur. Je suis retourné sur mon chemin et fait un peu le tour du centre ville pour revenir vers 17:00 au backpacker en refaisant bien sûr mes trois carrefours.
Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, je mange beaucoup de poisson. En relisant mon texte aujourd’hui, je me suis dit : Je devrais faire attention. Le poisson est peut-être contaminé.
© Klode P. (www.klodep.ca)
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De Westport vers Greymouth |
C’est toujours un immense plaisir de te lire Claude. Je voyage avec toi mais avec google maps. Très impressionnant les paysages vu avec satelllite. En trois semaines tu en a vu du pays!!!
Je pense à toi en cette belle soirée de -13C
Johanne
XXX
Salut Johanne,
je pense qu’on est en ligne en même temps.
Effectivement, les paysages sont magnifiques.
Présentement, je lunch dans un café-restaurant en montagnes dans le parc Arthur’s Pass.
Tantôt je vais me renseigner pour une randonnée en montagne avec peut-être un gîte pour une nuit.
Klode
OUF! en lisant le titre de ton article je pensais que tu souffrais d’un empoisonnement alimentaire.Ça semble pas facile de se retrouver dans cette ville-là.
Pas d’inquiétude Francine,
La santé va très bien.
Pour la ville, une carte aurait peut-être été utile.
Salut Claude,
Quand j’ai ouvert mon ordi. et que j’ai vu le titre de ta journée, j’ai dit à non, il n’a
pas mangé du poisson contaminé, je me suis empressée de lire ton article.
Ouf! J’aurais dû y penser: « Ton humour dans tes textes ».
Tu as de très belles photos. As-tu revu des fantômes?.
Georgette et Marie te saluent.
Bye bye, Diane
Pas de fantôme, mais je les sens qui me suivent.
Bye à vous tous.
Quelle superbe histoire…..
J’ai été captivé du début à la fin….
Je te verrais bien écrire un livre avec cette façon de faire et de superbe photos que tu a prise là-bas…..
J’en veux un autographier….. Je suis le premier à l’avoir dit…..
J’en veux un j’en veux un…. J’en veux un.
Merci de partager ce voyage…..
Marc CSST
Ok! mais tu m’aide à faire la mise en page.
Et bien voilà, très bien expliqué ta pensée de Anaïs Nin monsieur Klode Bond 007, je vois parfaitement les images qui te dirigent tout droit vers un Oscar. Une chance que s’est arrangé avec le gars des vues parce que …..tes descriptions sont tellement réelles que j’y croyais, à bien y penser, j’opterais pour le prix Nobel.
Je ne pense pas me rendre jusque là pour l’instant.
Comme tapis rouge, présentement, je me serre de ma nappe carrelée rouge pour entrer dans ma tente.
Ça me suffit amplement.