Date de mise à jour : 23 mars 2013
Mardi, le 12 février 2103 : 20:15
…Suite
J’ai quitté ce matin Arthur’s Pass pour me rendre à Hokitika prêt de la mer sur la côte Ouest. En passant devant le chemin qui mène à la belle chute que m’a montrée l’autre soir la taïwanaise, j’ai continué mon chemin car je ne pouvais faire le chemin à pied mes jambes étant trop endolories de ma randonnée en montagne.
Donc, pour reprendre mon récit d’hier, on est le 10 février au soir, je m’étais couché avant la noirceur et assoupi rapidement. Deux heures plus tard, j’ai ouvert les yeux pour je ne sais quelle raison. Il faisait noir. Le ciel au plafond de ma chambre était étoilé. Je me suis installé avec mon ordinateur et ma lampe frontale, assis sur mon pneumatique et les 2 jambes dans mon sac de couchage, pour écrire dans mon journal toute ma journée.
Mais en écrivant, je me suis mis à voir de minces filets de ouate passer devant mon écran. J’ai levé la tête et les étoiles commençaient à s’estomper à mes yeux. Ce que je craignais avant de me coucher commençait à m’atteindre. Les nuages de ouate des vallées lointaines venaient d’arriver à hauteur de mon talus. Une pellicule d’eau s’est agglutinée sur l’écran de mon ordinateur. Pour cette raison, j’ai rangé l’ordinateur et je me suis recouché au sec à l’intérieur de mon sac de couchage avant d’être trempé par cette brume. Les étoiles au-dessus de ma tête apparaissaient et disparaissaient sous les filets de nuages qui passaient au-dessus de moi. Je me suis rendormi en regardant les étoiles apparaître et disparaître.
Puis, durant la nuit, un coup à l’épaule me fait sursauter et me réveille. C’est un bonne bourrasque de vent qui m’a secoué. Comme si elle voulait me dire : Réveille-toi, tu manques un magnifique spectacle. En effet, le ciel est complètement dégagé et des milliers d’étoiles scintillent dans le ciel. Je distingue facilement la planète Mars, rouge, et de chaque côté, probablement Jupiter et Saturne. La voie lactée, elle porte bien son nom, est aussi facilement visible. On comprend pourquoi à l’époque de la non lumière électrique, des gens ont pu autant s’intéresser à l’astronomie. Puis, je me rends alors compte qu’il n’y a plus de brume, que je ne suis pas trempé et que je n’ai pas froid et je me rendors, encore fatigué de ma journée. La même bourrasque est venue me réveiller à nouveau aux petites lueurs du matin. Encore aussi pour me dire de regarder devant moi ce qui se passait. Le soleil était en train de se lever en coloriant le ciel au-dessus des montagnes derrières lesquelles il se cachait encore. Le ciel était rosé et le glacier à ma gauche tirait aussi sur le rose. J’ai pris quelques photos en restant couché dans mon sac de couchage et en me servant de mon petit poêle comme trépied pour mon appareille photos. Puis, une fois les photos prises, je me suis rendormis.
J’ai commencé à sentir le froid vers 7:30 du matin. Les rayons du soleil n’avaient pas encore atteint mon lit. Par contre, à quelques mètres de là, l’herbe était au soleil. Je me suis levé et dirigé à cet endroit pour me réchauffer. Dix minutes plus tard, mon sac de couchage était au soleil. J’ai ramassé mes choses, pris une gorgée d’eau et la dernière pomme qu’il me restait. À 8:15, je reprenais la route en direction de Crow Hutt étant assuré que la route serait moins difficile et de revenir au village de Athur’s Pass plus rapidement qu’en faisant demi-tour. Mon sac à dos ne me semblait pas du tout moins lourd que la veille. En plus, la veille, après le sommet du mont Avalanche, j’ai brisé une attache qui retient les deux sangles du sac à dos près des épaules et empêchent celles-ci de glisser des épaules. J’ai eu beau essayer de me fabriquer une attache de remplacement mais rien n’a fonctionné.
Le sac à dos en place, j’ai avancé pendant une bonne heure dans la bonne direction. Je suis arrivé à un grand cairn qui devait marquer l’endroit où descendre dans la vallée. Les indications sur ma feuille semblaient correspondre à ce point mais un doute persistait. J’hésitais à descendre tout ce dénivelé de plus de 1000 mètres et de me retrouver une fois en bas, dans l’obligation de revenir sur mes pas. J’ai ressorti ma carte topographique pour valider le terrain. Mais peine perdue. Puis, j’ai continué plus loin pour voir s’il n’y avait pas un autre endroit pour descendre où mes hésitations s’estomperaient. Encore là, peine perdue. De retour au grand cairn, j’ai essayé de voir si des traces d’un sentier étaient visibles en bas. C’était comme si personne n’y était déjà allé. De plus, de mon point de vue, je ne pouvais même pas voir vers où je me dirigerais une fois rendu en bas.
Donc, soit je descends, je suis chanceux et je trouve mon chemin jusqu’au gîte ou, je descends et la malchance me tombe sur le dos et je dois passer une autre nuit en montagne en m’écartant rendu en bas, ou je reviens carrément sur mon chemin et retourne à Arthur’s Pass par le même sentier d’où je suis venu. C’est la dernière alternative qui me semble la moins risquée mais qui m’apparaît la plus difficile étant donné que je sais tout ce que j’ai à parcourir.
Je rebrousse donc chemin. Mon premier objectif étant de retourner au talus où j’ai dormi. Mais voilà, en montagne ou en forêt, sur un chemin non balisé, on doit laisser des petits cailloux blancs derrière soit. C’est-à-dire, mémoriser des choses sur son chemin : une grosse roche pas comme les autres, un petit lac ici, une flaque de neige là, un arbre bizarre. J’ai oublié de mettre des petits cailloux blancs derrière moi. En rebroussant chemin, je me suis rendu compte qu’à certains endroits je ne reconnaissais pas les lieux.
À un endroit, j’avais le choix entre monter la pente par la gauche ou par la droite. Mon instinct me disait d’y aller vers la droite. Après 10 à 15 minutes de montée, je me suis enlisé. J’étais pris dans une pente de gravier qui déboulait à chacun de mes pas. Des roches que je ne pouvais même pas soulever glissais sous mon passage. J’étais en train de provoquer une avalanche de roches et je risquais de partir avec. J’en ai eu pour un bon 5 à 10 minutes avant de me sortir de là. J’ai réussi à revenir au bas de la pente et là j’ai enfilé par la gauche.
Au bout d’un certain temps à avancer sur un sentier, je ne comprenais plus où j’étais rendu. Je ne reconnaissais rien devant moi. Pourtant, mon talus ne devait pas être bien loin. J’ai pensé au moment de panique que j’avais eu en forêt lorsque j’avais 11 ou 12 ans. Je m’étais mis à courir de tout bords tout côtés parce que je m’étais écarté. Je tournais littéralement en rond dans la forêt. Après un certains temps de panique, désespéré, je me suis assis et me suis calmé. 5 ou 10 minutes de calme plus tard, je sortais de la forêt comme si j’avais toujours passé par ce chemin. Avant de paniquer, j’ai essayé de comprendre où j’étais rendu. Je me suis retourné pour examiner le décor derrière moi et là, tout c’est éclairci. J’ai regardé à mes pieds et j’avais les deux pieds exactement à l’emplacement où j’avais dormi. Tous les murs de ma chambre de la veille ont repris leur place. J’ai regardé ma montre, il était 10:08. Merde. En haut, mes 2 anges gardiens étaient toujours là. Un petite tache rouge bougeait tout près d’eux.
Ma prochaine étape, c’était le sommet du mont Avalanche. De là, le chemin était balisé jusqu’en bas. Mais déjà, j’étais épuisé par le poids de mon sac et j’avais faim et surtout soif. Le chemin vers le sommet a nécessité quelques vérifications sur ma carte topographique. Mais, après un peu plus d’une heure de marche, dont une bonne partie dans une pente de gravier, j’ai atteint la mince crête qui menait au sommet. Une main accrochée à la paroi, mes deux pieds sur le mince sentier, le précipice de l’autre côté, un bâton dans l’autre main pour me soutenir, j’avais environ 10 à 15 mètres à faire ainsi. Au milieu du trajet, un cri strident se fait entendre à mon oreille du côté de la paroi. En levant la tête, à portée de ma main, un Nestor Kéa est juché sur la paroi qui me retient. Le Nestor Kéa, est un oiseau de montagne qu’on ne retrouve qu’en Nouvelle-Zélande. On dit qu’il est plus près du perroquet que du rapace comme l’aigle ou le vautour. Celui que j’ai devant moi et que je pourrais toucher en allongeant ma main est magnifique. Plumage vert olive, bec très cornu, cercle jaune autour des pupilles. En regardant juste un peu plus loin, j’en vois 5 ou 6 qui sautent d’une roche à l’autre. J’en vois un s’envoler. En vol, on voit un peu de bleu sur le dessus des ailes mais le dessous des ailes est d’un rouge superbe qui me rappelle le rouge des fleurs des grands arbres de Wellington devant l’ancien parlement.
Un vrai cadeau du ciel pour moi. Me retenant toujours à la paroi d’une main, j’ai laissé tomber le bâton que je tenais de l’autre main et j’ai sorti ma caméra. Tant bien que mal, en me contorsionnant sur la paroi, j’ai essayé de les prendre en photo, manipulant les manettes d’ouverture et de temps de pause de mon appareil d’une seule main, au hasard, sans trop savoir ce que ça donnerait. Les Kéa faisaient la pause pour moi sans aucune crainte de ma présence. Seule le bruit de ma caméra les a fait sursauter au début. Pendant tout cet instant, j’ai oublié ma faim, ma soif, le poids de mon sac à dos et ma fatigue. Après cette séance de photos, j’ai serré ma caméra, repris mon bâton et continué sur la crête. 2 Nestor Kéa se sont mis juste au dessus de moi et me regardaient avancer péniblement en essayant de me dire : Pourquoi tu ne vole pas comme nous? Ce serait bien plus simple. À 11:30, j’avais atteint le sommet du mont Avalanche.
Hier, j’avais pris 6 heures pour me rendre ici. J’espérais que la décente soit plus rapide. Mais, j’en doutais étant donné l’état dans lequel je me trouvais. Juste avant de repartir du sommet, 2 personnes que j’avais vu au backpacker sont arrivées. Elle, parlait français, je lui ai dit que j’avais dû dormir en montagne la veille et que je manquais d’eau pour descendre. Je lui ai demandé s’ils en avaient un peu à me donner. Ils m’ont donné l’équivalent d’une tasse d’eau. Je regardais cet eau passer de leur contenant à ma bouteille et j’avais l’impression de recevoir un liquide très précieux.
Mon prochain objectif, atteindre le grand talus d’herbe presque à mi-chemin entre le sommet et la fin du sentier pour me faire un lunch avant la dernière descente. Curieusement, les parties difficiles avant ce talus m’ont paru moins difficiles que prévu. Vers 13:30, sur le petit poêle, je préparais mon lunch, un rôti d’agneau avec légumes et patates douces. Mais, contrairement à la veille, 2/3 de tasse au lieu d’une tasse pour la cuisson suffirait. L’autre 1/3 de tasse je l’ai bue pendant la cuisson. Pour tout le reste du trajet, il ne me restait moins qu’une tasse d’eau et une orange. Le rôti d’agneau m’a permis de reprendre des forces mais je me suis mis à avoir des brûlements d’estomac.
À 14:00, je repartais. Le reste du trajet a été un calvaire, mon sac à dos devenait de plus en plus lourd. Mes jambes commençaient à ne plus être capable d’encaisser les coups à la descente. Lorsque j’ai atteint l’endroit où les arbres commencent à pousser, j’ai mangé mon orange en écrasant chaque morceau sur mon palais avec ma langue pour en extraire tout le jus que je pouvais. Après, je n’avais plus d’eau et plus rien à manger. J’estimais, qu’à la vitesse où j’allais, que je sortirais du sentier passé 16:00.
La dernière heure, je m’arrêtais à tous les 5 minutes. Trop fatigué. Complètement déshydraté. Tout ce que j’espérais, rencontrer quelqu’un qui descendait et lui demander son eau pour finir mon trajet. Cela ce n’est pas produit. Je suis arrivé finalement sur la route menant à Arthur’s Pass à 16:00. Encore 700 mètres avant d’arriver à la voiture. Mais un supplice pour moi. Passer devant les cafés, restaurants où tout le monde boit et mange. Mon sac à dos est insupportable. Une idée me vient. Laisser mon sac à dos derrière un buisson et me rendre à l’auto et revenir le chercher. J’exécute mon plan et cache mon sac à dos. 100 pas plus loin, je pense à ma clé d’auto. Je cherche dans mon petit sac en bandoulière, elle n’est pas là. Retourne où j’ai caché mon sac à dos et repars avec le tout sur le dos. Assez de temps perdu. En passant devant le stationnement, le backpacker est plein d’autos. Pas de risque à prendre, j’entre et je demande qu’on me réserve une chambre pour la nuit. Voila c’est fait. En sortant, la fille me regarde avec tout mon fourbi et me dit en riant, Dure journée. En effet.
Une fois à l’auto, trouver la clé. J’ai paniqué. Je pensais que je l’avais perdu. Finalement, elle était bien enfouie dans une pochette de mon sac à dos. Ouvre la voiture. Tombe sur une bouteille d’eau. Je la bois d’un trait. Ça ne suffit pas. Ouvre la glacière, une bouteille de jus dans le fond. Je l’avale aussi presque d’un trait. Mon corps commence à me dire merci, merci, milles fois merci.
J’ai l’énergie de vider mon sac à dos et de remettre le tout dans la voiture et dans mon petit sac d’un jour. Je retourne au backpacker avec la voiture. Règle le coût de ma chambre. La même qu’il y a deux jours. Je m’y rend et me couche. Il est dépassé 5:00.
Je viens de me réveiller après un petit somme de 3 heures dans un bon lit confortable du backpacker de Arthur’s Pass. J’étais fatigué après mon retour de ma randonnée au mont Avalanche Peak
J’ai faim. Probablement ce qui m’a réveillé. Je me lève et décide d’aller manger de l’autre côté de la rue. En face du backpacker. Mes genoux ne plient plus. je marche comme un robot. Ma jambe droite fait des soubresauts que je ne peux contrôler. J’ai réussi à me rendre au restaurant ainsi. Albert Einstein disait : L’âge m’étonne plus quelle ne m’accable. Désolé Albert, pour moi en ce moment L’âge m’accable plus quelle ne m’étonne, Je n’ai pas mangé la moitié de l’assiette que j’avais commandée. La serveuse pensait que je n’avais pas aimé ça. Mais j’ai réussi à lui faire comprendre que l’assiette était tout simplement trop grosse pour moi.
Je suis ressortis du restaurant. Je me suis rendu à ma chambre de l’autre côté de la rue comme un robot ayant des problèmes de fonctionnement. J’ai pris des comprimés pour la douleur et me suis couché.
En me levant le lendemain matin, j’étais surpris que mes jambes n’aient aucun bleu apparent. Je n’ose imaginer l’intérieur.
© Klode P. (www.klodep.ca)
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et Lundi, le 11 février 2013 Randonnée au mont Avalanche |
Ouf… quand je lisais ton périple et que tu étais perdu j’avais peur que tu n’es pas réussi à sortir de là! Mais bon je me disais que si tu pouvais l’écrire c’est que tu t’en étais sorti! C’est la preuve que tu as le sens du suspence papa! Prends soin de toi pour les prochains jours et essaie de te reposer un peu!
Je pense fort à toi!
Je t’aime
xxx
T’es pas reposant aujourd’hui, je pensais que tu ne pouvais t’aventurer dans un sentier seul, je croyais que vous étiez jumelés. Comme il n’y a pas beaucoup de monde…..bref, fais attention à toi. Tout de même j’avoue que t’imaginer robotisé me tire un sourire. J’ai hâte de voir les photos de ton escapade.
P.S.: en passant, longer un précipice sur un mince sentier ne fait pas vraiment parti de mes plaisirs de voyage….Ayoye
À ce que je vois, tu n’es pas attirée par le vide des grands espaces.
Bye
Salut Claude, Richard et moi venons de lire ton périple. Wow toute une aventure. Richard dit que tu pourrais écrire un livre à ton retour, tu nous tiens en haleine.
Ouin… prend ça relaxe pour les prochains jours, Cherge, Zerge.. Veillons SERGE!! (Robot de dans une galaxie près de chez nous!) 😉
Oui, je me rappelle très bien Zerge. Même pas besoin de spécifier dans une galaxie près de chez nous!
Moi, cependant, je pense plutôt au robot de mon enfance : Oscar dans Opération mystère.
Où le sombre professeur Narthon (Marcel Cabay) complotait avec les Martiens pour faire sauter la Terre. Luc (Hervé Brousseau) et Luce (Louise Marleau), aidés du robot Oscar (José Rodriguez), s’interposaient pour l’en empêcher!
Bye.
Ŝalut Claude,
J’étais tellement impregné de ton histoire, que maintenant, j’ai mal aux jambes et que les épaules me font souffrir.
Que de fantastiques choses tu à la chance de voir et si ce n’était du travail, j’irais en voyage moi aussi pour découvrir un petit boût de la planète.
Merci de partager ton aventure
Marc Gonthier
Ouf, quelle randonnée ! Fourbu, fatigué mais heureusement pas de casse 😉
Les bons souvenirs (et tes photos) vont demeurer intacts…