Date de mise à jour : 23 mars 2013
Samedi, le 16 février 18 :05
Ma persévérance à attendre le beau temps pour aller voir Franz Josef Glacier aujourd’hui a été un peu récompensée. Je m’étais dit hier, qu’aujourd’hui c’était ma dernière chance d’y aller, sinon, j’oubliais ce glacier. En partant du camping ce matin, j’ai vu vers les montagnes, un pic enneigé avec quelques nuages autour. Depuis mes 2 jours ici, c’était la première fois que je voyais ce pic.
En arrivant à Franz Josef, le temps était cependant plus couvert mais moins que les 2 derniers jours. Probablement parce que c’est samedi, le glacier a relâché quelques nuages pour recevoir sa visite de fin de semaine. Au loin, on pouvait voir le sommet du glacier dégagé mais avec des nuages juste au dessus. En suivant la vallée vers les Alpes, le glacier se trouve à environ 10 kilomètres en auto du village. La route finie par un stationnement d’où on peut emprunter, pour s’approcher du glacier, un sentier bien délimité de 1 heure 30 de marche, sur de la moraine laissée par le glacier pendant des années et en suivant la rivière alimentée par celui-ci.
Après avoir lu les consignes au début du sentier, je suis retourné à la voiture pour m’équiper : bottines de marche, bâtons, gilet chaud, manteau en cas de pluie et caméras. Les japonnais de la voiture à côté de moi, sont partis en sandales.
Même si le ciel était couvert, on pouvait voir le glacier au complet. Une masse assez imposante à voir. On dit que le glacier reçoit annuellement jusqu’à 16 mètres et plus de neige dans sa partie la plus élevée et jusqu’à 6 mètres dans le bas de la vallée. Il porte le nom de Franz Josef depuis 1865. Le champ de neige à la tête du glacier, à une altitude de 2500 mètres, couvrirait 29 km2 et aurait 600 mètres d’épaisseur. Sa langue s’étend sur 4 kilomètres se termine à une altitude de 300 mètres.
La région des Southern Alpes où je me trouve actuellement, est la partie la plus élevée des Alpes. Le mont Cook avec ses 3 754 mètres, le plus élevé des Alpes, se trouve dans la région mais d’ici, on ne peut le voir. On dit que les montagnes de la Nouvelle-Zélande sont celles qui poussent le plus rapidement dans le monde soit 10 à 20 mm par année. On dit aussi qu’il y a quelques millions d’années, les montagnes ici étaient 6 fois plus élevées qu’aujourd’hui.
Pour les photos, j’aurais aimé que le soleil soit de la partie mais au moins, j’ai pu voir le glacier. J’ai passé plus d’une heure devant le glacier à la limite où on interdit aux gens d’aller plus loin parce que ça devient trop dangereux. Dans le sentier, durant le trajet vers le glacier et en revenant à l’auto, ma hanche s’est remise à me faire mal. J’étais content d’avoir mes bâtons. Après cette excursion, je me suis rendu au village de Fox Glacier, l’autre glacier, et je me suis installé ici dans un backpacker. Demain je compte me rendre au glacier Fox en espérant que ma hanche va tenir le coup. Ici, au backpacker, quand je marche, en boitant, avec ma main j’appuie fortement sur le bord de ma hanche. Ça me fait du bien.
Ha! Ces montagnes, que j’aime les voir et les gravir. Mais, en revenant de Corse, je m’étais pourtant dit : Bon! Assez les montagnes de ce genre pour moi. C’est très beau mais c’est peut-être devenu trop dur pour moi. Depuis ma nuit en montagne ici, avec ma hanche qui est fragile, je me questionne : Mais pourquoi j’aime tant être en montagne, en forêt, près de la mer? Des petits tiroirs s’ouvrent dans ma tête. Une explication peut-être à mon amour de la nature.
À 5-6 ans, avec mes frères, assis sur les épaules de l’un d’eux, j’allais avec eux, dans la forêt de l’autre côté de la voie ferrée. C’était assez loin de la maison où je demeurais. On y allait pour la cueillette de framboises sauvages. Je ne sais pas à quelle âge j’ai commencé à y aller tout seul, mais j’avais sûrement moins de 10 ans.
10 ans. Justement, un autre tiroir qui s’ouvre. À l’âge de 9-10 ans, au début des années 60, ouf! c’est loin ça, le matin, j’aimais beaucoup regarder les westerns américains à la télévision en noir et blanc. Pour les plus jeunes, si vous ne savez pas ce qu’est une télévision en noir et blanc, prenez la grosse télévision HD à écran plat de 52 ou 60 pouces de vos parents. Mettez-la dehors au très très gros soleil pendant 2 à 3 jours. Sans le dire à vos parents bien sûr. Quand le verre sur le dessus sera assez bombé, entrez-la dans la maison. Probablement que le module couleur rouge-vert-bleu aura passé l’âme en chauffant au soleil. En l’allumant, vous allez voir dans votre nouvelle télévision, des personnages et tous les objets autour d’eux un peu courbés et seulement du noir, du blanc et toutes sortes de tons de gris pour colorier tout ça. En 1969, on a vu un homme atterrir sur la lune avec ce genre de télévision. Difficile de comprendre, en regardant où en est rendu toute la technologie des télévisions HD actuellement, pourquoi on n’est pas encore capable d’avoir une station spatiale sur la lune et de se rendre sur la planète Saturne comme dans 2001, L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Bon! Je continue avec mes westerns américains.
J’adorais voir dans ces westerns tous ces bons américains qui essayaient constamment de se défendre contre ces méchants Sioux qui ne voulaient pas que les américains s’installent sur leur terre pour y bâtir un merveilleux pays avec des gens qui deviendraient très très riches. Pourtant, le territoire Sioux était tellement grand, qu’ils auraient pu en donner une très grande partie aux bons américains.
Dans ces films, les Sioux étaient très très méchants. Nous au Québec, on avait les Iroquois qui scalpaient ou torturaient nos missionnaires catholiques. Mais avec les méchants Sioux, hommes, femmes, enfants, pouvaient se faire scalper sans même qu’on leur demande leur religion. Quand une victime d’un scalpe réussissait, avec la tête ensanglantée, à revenir en vie à son campement, tout le monde s’empressait de se couper une mèche de cheveux pour lui permettre de lui faire une perruque. C’était la moindre des choses à faire. Que la mèche de cheveux soit rousse, blonde, noire ou châtaigne, ça n’avait pas d’importance, on était en noir et blanc.
Où je restais, j’avais un endroit que j’appelais Les rochers. Plein de grosses roches pèle-mêle que je pouvais gravir ou, sous lesquelles je pouvais me cacher et circuler. Lorsque mon western terminait, je sortais ma carabine à canon coupée parce que la planche que j’avais utilisée pour la faire n’était pas assez longue. Autour de ma taille, je mettais ma ceinture à 2 fusils chromés avec une crosse en plastic blanc dans laquelle une tête de cheval était sculptée. Je n’avais malheureusement pas de chapeau de cow-boy. Mais, avec une étoile de shérif sur le cœur, je partais avec mon armememnt vers les rochers combattre les méchants Sioux qui avaient envahie la région. Ils venaient du Dakota. J’étais le seul à savoir que des Sioux étaient dans les parages. Seul, je me faisais un devoir de protéger tous les gens de mon village d’un scalpe éventuel.
À chaque fois, le combat entre eux et moi était intense. Vers moi, un tas de flèches essayaient de m’atteindre. De leur côté, les balles sifflaient sans arrêt. J’avais plein de munitions de cacher partout dans des cachettes secrètes sous les rochers. Par des petits tunnels sous les rochers, je pouvais me déplacer d’un endroit à l’autre sans que les Sioux me voit. Ce qui fait qu’ils pensaient qu’on étaient des dizaines à les combattre. Au plus fort du combat, je voyais un Sioux, torse nu sur son cheval blanc tacheté de noir, s’en allé en direction du Dakota pour aller chercher du renfort. Chaque fois que je voyais des plumes, je tirais. J’ai tué comme ça, sans le vouloir, quelques poules du fermier qui habitait à côté de mes rochers. Une balle perdue, je n’y pouvais malheureusement rien.
Le lendemain d’un combat qui avait été particulièrement intense, en me rendant à l’école, le fermier était assis sur les marches de sa galerie, une poule morte sur ses genoux, en train de lui arracher énergiquement toutes les plumes. Je l’ai regardé faire. Intérieurement, je me suis dit: C’est à cause des méchants Sioux tout ça. Puis, j’ai vu le fermier lever la tête, me regarder avec ses gros yeux et me dire d’une voix en colère : Si j’attrape celui qui fait ça à mes poules, c’est lui que je vais mettre sur mes genoux et à qui je vais arracher toute la peau qu’il a sur le corps. J’ai eu un frisson dans le dos. J’aurais pris mes jambes à mon coup. Mais, je suis parti vers l’école doucement pour ne pas éveiller ses soupçons. Tout le reste du chemin jusqu’à l’école, j’ai eu mal partout. Se faire arracher toute la peau, ça, ça doit faire bien plus mal qu’un scalpe.
Un jour, durant un combat, j’ai senti une grande brûlure à l’épaule droite. Une flèche s’était plantée à cet endroit. Mais par chance la pointe avait sortie de derrière mon épaule juste au dessus de l’omoplate. C’était très douloureux. Comme je ne tirais plus, les Sioux ont aussi arrêté de tirer pensant qu’ils avaient enfin réussi à nous abattre tous. Rapidement, malgré la douleur, j’ai sorti de ma poche mon canif Opinel à lame rétractable que j’ai toujours sur moi et qui m’a été donné par la mère à Francine en 2002 quand elle est allée passer 2 mois en France chez son frère Jules. Avec le canif, j’ai coupé le bout de flèche qui sortait de derrière mon épaule et de la main gauche, j’ai tiré sur la flèche devant moi pour l’enlever de mon épaule. Le sang a giclé. J’ai hurlé, tellement ça l’a fait mal. Tout de suite, les flèches se sont remises à pleuvoir de mon côté.
Bon! Bon! J’arrête mon histoire ici parce que là, j’arrête pas d’entendre : Mais voyons, il y a un anachronisme ici. Un anachronisme évident. Un couteau reçu en 2002 ne peut pas se retrouver en 1960. Ça ne tient pas debout cette histoire là. Écoutez vous autres. Moi j’ai 10 ans, je sais pas c’est quoi que d’anachroner. Même qu’en 1960 y devait y avoir personne qui connaissait cette maladie là. C’est comme ceux qui dislaxent. Ceux qui font leur «p» ou leu «b» avec la boule à l’envers ou même qui se mettent à écrire à l’envers. En 1960 personne savait c’était quoi dislaxer. Même le frère des écoles chrétiennes qui nous enseignait en 1960 savait pas ce que c’était de dislaxer. Quand il voyait un de ses élèves dislaxer, une bonne claque en arrière de la tête puis : C’est pas comme ça que je t’ai enseigné ça mon jeune. Recommence moi ça. Ça prenait pas de temps que le jeune arrêtait de dislaxer. Y en a même qui dislaxait en cachette. Ça fait que le canif Opinel, c’est vrai que je l’ai reçu seulement en 2002. Depuis ce temps, chaque fois que je partais en randonnée, camping, voyage, je le traînais avec moi. Je l’aimais bien. Je mets ça au passé parce que je l’ai perdu la deuxième semaine que je suis arrivé en Nouvelle-Zélande. J’espère que celui qui va le trouver en prendra grand soin comme moi. Ce qui fait, comme j’ai seulement 10 ans, ça ne me dérange pas d’anachroner dans mon histoire. Tout ce que je dis est vrai mais non vérifiable. Alors, les puristes, allez faire votre cinéma ailleurs. Je poursuis.
Comme les flèches pleuvaient de partout, j’ai oublié ma douleur et recommencé le combat de plus bel. Certains matins, le combat durait jusqu’à ce que le soleil soit le plus haut dans le ciel. Puis, à ce moment là, j’entendais ma mère crier après toute sa marmaille : Le dîner est prêt, à table. Souvent aussi, c’est à ce moment que les méchants Sioux se retiraient épuisés par le combat. Je montais alors sur la plus haute des roches et je regardais vers les Sioux plus loin. Le grand chef Sioux me regardait alors et me faisait un signe voulant dire : Un jour, je vais l’avoir ton sclape. Il ne me faisait pas peur. Encore beaucoup plus loin, en direction du Dakota, une poussière s’élevait dans le ciel. Des renforts arrivaient. Demain un autre combat s’annonçait.
Voilà comment à 9-10 ans, seule, j’ai aidé les bons américains à construire leur Amérique et sauvé tous les habitants de mon village d’un massacre certain. Ne me remerciez pas. Ce fût un grand plaisir pour moi. J’étais dehors, dans la nature et j’adorais ça.
© Klode P. (www.klodep.ca)
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Franz Josef Glacier |
Bonjour Claude,
Merci pour toutes ces superbes photos et tous tes textes. à ta manière tu nous fais aussi voyager dans ce beau pays!
En espérant que tu puisses finir ton périple dans de bonne condition et que tu ne tombe pas dans les griffes des Sioux néozélandais, bonne continuation, amicales salutations. Pascal et Louise
Bonjour à vous deux,
Je suis content de recevoir un commentaire de vous deux. Les tentacules de mon blogue s’agrandi de part le monde.
Ici, j’ai l’impression d’être dans un merveilleux rêve qui n’en finit plus. Aujourd’hui, de 17:30 à presque 20:00, je me suis prélassé et baigné sur le bord d’un magnifique lac de montagne comme il y en a en Suisse avec un soleil qui me chauffait à 30oC.
Salutations a vous deux et toute la famille Suisse